dans le désarroi que faudrait-il diregarder espoir dire à tousque cela passeracar tout passemais comment et où, cela passerajusqu’où et pour quoicombien de morts, d’effroide mesures inhumaines la peurseméesans scandalejour après jour et jusque là Jusqu’en ce mois de mars de l’année 2020 femmes, hommes, villes, asphyxiéspremière, deuxième, troisième lignechez soi, protégé, dehors, exposéla confusionl’ordre […]

je n’ai pas envie d’écrire, je ne peux plus écrire, pas de mot, pas de sens, le corps se coupe et les pensées s’échappenten un vol de sirènesje voudrais penser, je voudrais écrireje ne le peux pasparfois le ciel charrie les nuages de printemps, le soleil croque la peau toute pâle encorelà sur la trouée […]

que nous arrive-t-il je garde en tête le ballet des sirènes que je n’ai pas entendues où partent les corps où s’échappent les êtres qu’en faites-vous qui êtes-vous où fuyez-vous -l’air est presque insalubre et nous avons soudain peur du noir, que nous arrive-t-il, le repli nous vient comme en des cabanes fragiles ballotées en […]

Vous étiez un monde, l’univers organisé retient ses parts et prévient la déroute, vous étiez plus que cela, le cosmos porté par les espaces illimités autour et, dedans, l’orfèvre a fait tenir ensemble, dentelle fragile et vive, les morceaux d’être et de jour, les horizons et l’intention, le sentiment et le goût, vous étiez ensemble […]

l’enfance traverse l’enfance encore il n’y a qu’elle et elle encore l’enfance en chance d’être et qui regarde et qui contemple qui voit tout derrière la montagne et la brume à travers nous qui voit tout encore sans rien omettre qui n’omet rien ne craint rien ni même savoir je veux savoir dit l’enfance je […]

Et aussi ce qu’on attend de la nuit, qu’elle apporte le jour, l’aube fluette puis irradiante, qu’elle inonde le jour de lumière puisée de source sûre et pourtant, le jour succèdera à la nuit et pourtant, de naître de la nuit le jour n’en est pas moins autre et pourquoi, pourquoi entremêler nos ombres ?

something

Something On aurait tort de croire que tout cela ne changeait rien, on aurait tort de se fier, chaque bruissement de l’air bouscule en cascade la chaîne des oiseaux jusqu’aux nuées, chaque vibration, une secousse, un faux départ, une défaite, à moins que, à moins que rien ne bouge, un flux sans contour qui scande […]

Solastalgie tu me dis que le monde brûle je ne te crois pas et je le vois et je le vois qui brûle de tous ses feux comme j’ai brûlé moi qu’en reste-t-il, après tout calciné ce qui renaît sous la peau noircie et les tissus calcinés le cœur bat le sang coule encore alors […]

Je me penche et l’on m’éventre, je suis sans armes face au monde et pourtant, mes fanes et mes glands, je parviens à soutenir le regard face à ma descendance prolixe, je maintiens la posture en canopée puissante –qu’y puis-je, ce bois dont on me brûle c’est mon bois qui brûle, qui brûle pour vous […]

vous aussi vous êtes demandé à quoi bon les mots-les-uns-les-autres tenter d’accrocher l’air un son ouvrir la voie ouvrir à quoi bon les mots pointus, coupants, les mots qui nous tissaient  et qu’on aime perdre en chemin et qu’on débusque et qu’on embarque qu’on espère rempoter peut-être demain ouvrir la boîte au fond des veines […]

   je m’avance dépouillée, l’espace est immense et perceptible je pose les pieds  l’un après l’autre comme sur un fil ne tient qu’à cela, j’avance vers la déroute   les bras le long du corps notre route son débord son fracas   entrer dans la nuit à travers un drap d’ébène la danse nous conduit […]

de soif et de faim de dire, nous brûlons et voilà que se meurt le terrain ferme qui nous étions et voilà que brûle et brûlent nos entrailles et toi qui venais de naître et toi qu’attendent les papillons bleus,  les mésanges, les libellules toi qui crois en eux plus que nous toi qui les […]

et toi, ce que tu vois ? la terre travaillée par l’eau abondante a nourri jusqu’aux plages, l’océan donne et reprend les sels, les minéraux, l’eau du ciel lancée par les champs de dunes, comme réparés –c’est une bulle de terre, de vent et d’eau qui se dore aux lueurs ferventes –c’est un havre aux tempêtes […]

il nous faudra ramasser les coquillages, souffler sur la braise toute fine, il nous faudra lever les yeux, nous y verrons, clair peut-être, jaune et bleu, comme si la colonne arrière effritée bel et bien, effondrée au sol, peau de sable, laissait échapper jaune et bleu, pointer l’horizon jaune, la vague bleue, ce n’est rien, […]