desindociles

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Dans ma tête, j’avais sonné l’heure, petit être enfoui dans les brumes d’un monde incandescent parfois, et qui sonne et qui tonne, petit grain évaporé au bord du feu des autres, parti dans la nuit sans promesse, non l’après-midi sans retour, brûlé avant d’avoir vécu, mon petit blé vert, je ne t’oublie pas. D’avoir brûlé avant tu n’as pas moins été, déjà, au cœur de l’âme, enfoui au corps profond, nénuphar sans parfum à la portée des anges, éclos de nuit où les oiseaux grandis se retrouvaient, mon coquillage des mers violine, mon tout petit marqueur des sables, mon baromètre des pluies secrètes et des orages tus au ventre. Tu as volé sans aile et sans savoir, tu as volé porté par le désir, tu as traversé le ciel des pâleurs opalines, là-bas on t’a vu débarquer, là-bas sur le parvis éternel, des maisons ouvertes à tout vent, des lagons caressant l’amour, au royaume des croyants fous et bons, des figures bienheureuses où partagé de tout cœur, notre corps-monde est plus vaste et plus clair.

(…)

Apprivoiser le silence. S’en approcher par cercles concentriques puis faire un pas de côté. Le poème tente de saisir la branche tendue par l’arbre condescendant, vole en apesanteur pour voir si là-haut, à côté, plus loin aussi ça bruit. Du silence laisser frémir la voix, gémir l’esseulement consenti, vibrer la corde plus grave, vriller les fines particules de joie effervescente

Secousse, juin 2016

http://www.revue-secousse.fr/Secousse-19/Sks19-revue.pdf

Terre des femmes, mai 2016

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2016/04/christine-guinard-de-lautre-c%C3%B4t%C3%A9.html

Recours au poème, mars 2015

http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/christine-guinard

Paysages écrits, publication de décembre 2015

https://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits/archives/numero-26/pe26—christine-guinard

Lilith

Pour l’homme elle est rousse et diable, Lilith. Celle qui sait, porte en elle le suc du monde et ce qu’est d’être femme. Lilith est là d’abord, précède la naissance des êtres et les orages de la création. Elle était là avant.

j’aurais voulu connaître Hermine Gabriel. Elle a vu l’entrechoquement des mondes, de Vienne à Paris, à Madrid, à Paris encore. Elle a eu des enfants doux, grand-mère, grands-oncles, grandes-tantes, mariés aux bouts de la planète, généreux, porteurs d’une complexité parfois sidérante, muette. Je ne sais plus rien d’elle. Son nom ravive la blessure en apparence superficielle, la peau du monde qui s’imbrique dans celle de mémoire et qui ne cesse, oublieuse, de circuler, fluide, retendue par les uns et reportée par les autres, en un entrelacs vibrant mais ténu, dont nous faisions le plus souvent le fond de toile.

maison

Parcourir l’espace qui sépare l’entrée du jardin, parvenir à la trappe qui abritait la galerie industrieuse, la reconnaître comme telle et non comme le chapeau d’un puits enclos ; il est des souvenirs enfouis qui parviennent au jour, orangés de leur limbe matrice, porteurs d’inattendus présages, livrant à jamais le savoir qui ouvre et puis ferme, ferme et puis ouvre, sans fin, la source bénéfique du lointain, jadis, là-bas, où creusait le temps.

A paraître

A paraître aux éditions Eléments de langage :

 

http://www.elementsdelangage.eu/elementsdelangage/a_paraitre.html

nous nous demandons ce que nous faisons au monde, devenu terre mais chamboulée, devenu mère mais désaxée.

Nous n’approchons pas le secret de la nuit, nous demeurons à la lisière,

contenus depuis toujours, retenus par la pudeur,

nous mêlons notre absence singulière.

A paraître

Recueil de nouvelles poétiques, Prendre l’eau (titre provisoire) paraîtra après l’hiver aux éditions Mémoire vivante à Paris.

A paraître

« En surface », texte poétique de Christine Guinard accompagné des encres de Elina Salminen, aux éditions Eléments de langage.

 

http://www.elementsdelangage.eu/elementsdelangage/a_paraitre.html

tangier

Je me suis posée sur le tarmac.

Je sens l’odeur intense et soufrée de l’Afrique, le vent froid balaie tout, les palmiers dansent.

Je suis à l’avant d’un bateau lancé dans la mer immense, doublée de l’océan, un bateau qui détient le sésame pour pénétrer dans les terres de sable rouge ; un bateau vigilant, campé sur le bord du bord du monde de l’autre côté de l’Europe, où scande le muezzin. Je suis campée à l’avant d’un navire campé, de fenêtres fouettées un jour de tempête qui n’en finira pas, de vents contraires enturbannés en une colonne d’air cinglant qui me hante, je scande à l’avant du bateau, scande l’appel aux prières, au réchauffement sous le vent froid, à l’entrée dans les eaux de haute mer avant l’océan, à l’union des terres décollées par les âges et reformées en moi pour ces jours, assemblées en une pièce matrice qui sous-tend les eaux et le ciel, je suis campée à l’avant d’un bateau qui voit tout et jamais ne prend l’eau, qui reçoit de plein fouet la brisure des mondes, la différenciation des êtres, qui tente de les intégrer à sa déroute privée de trajectoire, savamment gouvernée, à sa stabilité ondulante de sphinx et de mémoire. Je suis campée à l’avant d’un bateau qui toise les côtes d’Europe et attend, patiente, ploie, danse, qui reçoit les échos d’Europe et les écueils, qui absorbe depuis la nuit des temps les ondes du continent scindé, qui sait sa force propre, sa puissance de titan, sa danse apparente soigneusement ménagée dans les draps du hammam et des voiles, intégrée aux tissus et aux palmes fertiles. Je suis campée sans attendre sous la pression du vent, je me sais en sûreté, je me sais à mon poste, j’évite le cri des sirènes et je me tiens prête, enhardie par l’odeur de jasmin, d’oranger et de musc, par les trouées solaires régulières au-dessus de moi, par le charme corsé de la ville qui me porte, à mon poste, je me tiens.