que peut l’âme contre la chasse du temps, un lapin poursuivi de buisson en bosquet, chantant la misère et disant oui l’impossible teneur, si j’accroche le grain la peau se lisse et je dérape, sans main sans pied je ne suis qu’éboulis, recroquevillée je pare les coups, je construis l’armure de tout temps et qui ne tiendra pas

pourtant

la carapace a tenu face aux vents et voici

que la venue au monde

la fleur qui pousse

le désir d’eux

 

et voici

que l’armure a craqué comme un glacier sans fondre

à craqué sourdement, un pan s’échappe et puis un autre sur le côté

voici le temps à nu

et sans armure l’ère de glace au fond des yeux

 

et voici

que le cœur fond avec la glace et liquide il s’étale et dévale la pente avant de fondre un jour

 

et voici que l’eau condense en larmes l’amour qu’on avait jeté au grand vent

pour rien

pour la venue au monde dénudée

et voici je me dénude brutalement

sans savoir

nue dans le coin quadrillé nue je prends le vent frontal et le contour du corps gèle aussi

 

et voici

je pourrais mourir de désespoir, la mère, l’enfance éconduite et l’enfance qui naît, le corps lui qui aime et qui peut, le corps désirant tout du monde et désiré, chaque jour d’une intensité particulière

et voici

ce corps nu pourrait mourir de froid de faim et de désir

même aimé, choyé, caressé, même voulu

 

seul

 

pourrait bien, seul, il aimerait tout du monde

resterait pensif,

contenu aux bras du jour

guettant la nuit et l’air plus doux

tenterait de ne pas mourir avant le soir

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