je n’y vois pas clair en-deça de ces murs au-delà de ces temps

je ne vois plus rien je regarde

et je trouve un champ épais tout blanc, compact et pâle qui recouvre

tout

et je ne sais

si ce temps a eu lieu même

s’il y eut un passé, si l’avenir appelle

je ne sais

même

si un blanc

recouvre

tout

ce qui palpite là-bas

tout au fond du souvenir

en-deça des murs

ce qui palpite encore

moi

je ne sais

que

palpiter

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Cactus filant palmier dansant la sierra derrière et là sise sur le dos de la plaine se repose il n’y a pas fierté trop élancée trop farouche il y a le sol poreux qui admet le déluge et la forteresse se craquèle

almeria…

…te déposes sur le Cabo si tu crois que cela me fait quelque chose
tu conçois le reste du monde au creux de ta crique, baie, courbe, ventre, sein, peau
tu penses à la nuit deja tu pries tu pries
sans cesse tu reposes la tête sur le bras du fauteuil
l’accoudoir pour ta nuque, là tu ne changes plus tu ris sans savoir que le temps passe peut-être aussi
sans toi qui l’ignores
l’eau fragmente et diffracte et dit tout
ce qu’on espérait
hier encore
et sans toi l’eau n’a pas de chaleur et la peau moite et terne sans contact se dissout au fil du sable
toi qui l’ignores c’est cela qui nous porte
en face

Git-le-Monde-Nouveau
ce n’est pas moi qui le dis
sans ta peau le temps ne m’est rien le temps meurt au fond ce n’est pas si mal
mais s’écoule le lavis on n’a pas besoin d’y croire encore toi tu es là
pour moi

c’était l’automne on n’avait pas pensé à la lumière

la lumière nous lâchait on était réduit à l’état de petites coques rassemblées

la terre réverbérait l’humus et la fougère

au bout du bois

j’avance sans savoir

la lumière a filé, sous les feuilles en tornade, mêlées de glaise

s’infiltre sans savoir

réduite à sa plus faible intensité

il fait déjà nuit

la terre est mouillée

détrempée même

la terre boueuse se dérobe sous le poids des déambulations

on retarde le moment

de savoir

je ne sais rien

et le chemin sous le bois nous conduit plus loin, où le temps poursuit la lumière en fuite, détale

et c’est la nuit depuis le matin

la nuit du bois, humide et douce,

l’univers poreux des amas de feuilles et d’herbes

je suis le chemin sans savoir

au loin le lac

au loin le soir qui vient

il suffit de suivre le chemin

je me détourne

on oublie la lumière, la pulsation marécageuse des arbres au bout du bois, des touffes de feuilles sur l’eau

la nuit descend sur les contes, les elfes et les clochettes

le bois se referme sur nous

on a encore le temps

et même, ce qu’on entend nous déchire, et même, on n’entend rien, ce n’est pas cela, ce que personne ne peut dire, ne nous dit, la voix de chair en nous s’effondre à jamais et même, la petite fille renaît, plus rien, plus rien ne comptera, inventer les remous, inventer les forêts, le trésor sous le lit, et la nuit et le jour chaque fois recommencés, ce n’est rien d’autre, notre mer à jamais, notre terre collée au ciel, la place indécise de la langue, on ne dira rien, on ne sait rien, on est ailleurs, et même, l’écureuil a toujours rassemblé ses noisettes, préparer l’hiver, depuis le grand livre des singes et la cigogne partie pour Marrakech, Cécile a répondu du sureau fendu en deux, par leur faute, par leur volonté, le sureau et la balançoire, elles étaient trois Cécile et même, les grains de sureaux concassés dans la poterie d’en-bas c’était le vin pour tous les invités.

Imagine que tu aimes les baleines, les glaces lointaines ou le pied qui tapote l’eau, imagine ces jours où chaque idée valait l’or du monde et d’ailleurs et d’ailleurs chaque idée était l’or et ruée vers l’horizon, les miettes qu’on ordonnait en souris bleues et les brins de tout que l’on brandissait pour l’éternelle royauté.

Imagine cette course libre et ces à pics sans peur, grimper, descendre, sauter, les ailes que l’on compose de tous les morceaux de chez nous, dedans, dehors, ici ou là, cela n’est rien, le matériau prometteur irrigue les ruisseaux et les plaines.

Imagine si tu l’aimes ce temps de la danse et du cœur au bout du bras.

Imagine qu’un bandeau noir sur les yeux, t’aveugle, et plus jamais. Un Orphée médusé qui ne se retourne pas –un jour où Eurydice n’existait pas.

Je ne raconte pas d’histoires ou bien elle s’infiltre dans tous mes mots, sans me demander, sans me suivre, elle démarre avec le mot et elle tisse le fil

les sons disent l’image et le temps court, on va rapide au ruisseau, à ses algues brunes, on remonte la pente et là le glacier, la source du fleuve énorme et grondant qui se précipite au delta.