desindociles

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je n’étais qu’une enfant, infime part d’être déjà intégralement disposée à vivre, fraîche et vif-argent, la vivaracha, nette et claire,

l’aile, large, épaisse, poisseuse

abattue sur le visage, plaque la bouche, à l’asphyxie, à la mort impensable, coud la bouche et sidére

le silence est de glace

les petites plumes ont pris feu

les parois de l’être sur le coup, ont figé le sang

j’ai bu foisonnant, le citron, l’orange et la pastèque

je n’étais qu’une enfant, je serai toujours, l’enfant de la mer et des arbres, rejeton des grandes villes, celle-là des deux mondes, garde en moi, de la peur et de la foi, vibrante, rythmée de musique organique et d’éveil lunaire, s’élevant pour un rien, poids plume, éther,  prompte à l’envol, soyeuse, et parfois le rebond, devant le ventre des mondes, la paroi dure des pays imperméables, en chute-et-marche, ne reste pas là, pétrifiée par leur absence, jambe et cou, avise, perçois, contemple et marche, avance toujours et puis glace, le silence fut trop lourd, délie la corde des secrets, caresse les ailes,  déploie le coeur déposé sur la pointe des plumes, verre et soie,  emboîte le bris du vent.

  • À flanc de sierra presque, escarpée déjà, la côte frangeuse de sable noirci, le volcan sommeille encore on dirait, ce matin, on dirait qu’il retient son souffle, gardien du temple, garant du bord du bout du continent, chemin de traîne, feule inhérent à cette roche grisée.
  • On y voit rouge et brun,  ocre et rosé, le vent d’Afrique affleure et pourtant, maure la pulsation, alanguie ici, le monde se retient -on dirait qu’il rêve.

Il suffirait de passer le pont à l’aventure. L’île à jamais encercle des bouts du monde, en-dedans renoue les fils d’enfance, au sable fin, au cerf-volant, où les rouleaux tièdes sans cesse viennent et s’en vont.

A l’aventure on passe le pont, et touchant du doigt le vaste continent de terre éperdu on s’égare à gauche, à droite, virevolte toucher fasciné par le carrefour des routes, s’engouffrer sans savoir et le sel au palais.

On fera volte-face aussitôt, encablures et baies gagnées à l’aveugle, le sel vient à manquer et l’envoûtement du vent, le pont vers l’île et l’enfance en soi qui reparaît plus fraîche encore, espiègle, avide d’atteindre innocemment, sans savoir, le bout de terre d’ici ou de là, le tour des vents qui circonviennent et l’on regagne la source, et le puits doux piquant des idées toutes neuves ; et l’on se tient au contact de la douceur première, éternelle, puissante.

Exode

Marche à toute force, pied à pied sentir aux talons la chasse de nous et de vous qui poursuit tenace, marche loin sur la ligne courbe, le chemin pierreux des champs plans puis des monts, traverse ce que tu peux franchis, dépasse, transgresse, exile marche à toute force

la peine porte et puise où tu peux, la tristesse de n’être plus déjà pour toi pour eux, de n’être plus là ni ailleurs, ni avant, ni ensuite, à l’infini de l’horizon comme au lever du jour sur les volutes du massif, ici peut-être et nulle part ; au lever du jour préside, la nuit qui vient aussi, tu deviens ce croisement des forces poussé par la terreur, fuir, plus loin, où tu parviendras sans doute ne sera pas assez, sera juste le temps de reprendre souffle, de vivre mais enfin, où tu parviendras ne sera pas un lieu, ne sera pas un toit, sera l’éphémère étoilé qui te gardera peut-être des vents et des feux

la peur aux trousses de te savoir proscrit, d’avoir été ici chez toi comme les autres, de te savoir poussé loin par les derniers souffles amis, poussé loin sans savoir où, sans connaître le sens, chassé pour avoir été, devenu cette force mouvante qui renaît de chaque pas qui l’épuise, cette force mouvante qui renonce aux contours et au nom, qui se sait muée en l’espoir de pousser plus loin la marche vers au-delà, pied posé plus tard sur la ligne frontalière comme un jeu désarmant, la vanité des raisons et des lignes

la peur du corps chassé, poussé pourtant par l’énergie des arbres au bord du chemin, où le soleil encore ne brûle pas, où l’aurore métamorphose le muret en tremplin informe

la peur du corps chassé pour rien, sans connaître le sens, sans percevoir le cœur du mouvement, d’avoir été tel et là même, sans autre motif, chassé de soi-même en un consentement insensé, le corps parti pour rien, pour survivre à la vie, pour surpasser, pour subvenir, pour emboîter le pas à la marche de l’exil, pour refuser la démence, pour consentir au non sens, pour affirmer la gravité et la faim

parti pour vivre et sans savoir, déplaçant la forme initiale, bousculant le cours,

être d’avoir été, parti vivre enfin

L’eau nous a réunifié, l’eau nous a renforcé et l’air et l’écorce du champ commun, le tressage des feuilles et la souplesse des nuages. Chaque fois que le coeur et le corps ont saisi l’accroche impalpable, chaque fois ils puisèrent au-dedans ils propulsèrent loin et grand, ils virent l’être minuscule, ils surent la subtile balance des membres au temps, la préservation de l’enveloppe, ils trouvèrent secours ils inventèrent l’ère nouvelle.

Chaque fois le jour renaît par le bruissement à l’air, oublie la finitude et le chaos de l’origine. Chaque fois la mer accouche d’une étoile et le corps porte au monde un chant nouveau.

Regard sur l’enfance, lieu des merveilles, eau de source. Pourtant, se désintégrer.

Bombe à retardement plantée là au jour de la naissance, inventée par le ciel, susurre, ne plus exister.

Humer l’air en-dedans la source est sans fonds, la bombe incarnée aux accrocs du chemin, se heurte à l’infini du mouvement, du verbe et des eaux, là où noyée s’étend de blanc, allongée, chevelure de lin soyeux ; retardée chaque fois elle implose et s’ensoufre et reporte à jamais le décompte et penaude, ne donne rien, ravage un peu, presque tout, terrasse au tréfonds, brûle de très loin les flammes émergées, menace la réserve et s’enlise aussi, et s’entasse, et reporte à jamais l’explosion flagrante qui verserait le monde dans le noir éternel, dans la honte d’être et de dire. Parfois explose, implose tout de même et chaque fois, la combustion souffle l’air et le corps, tout remonter.

Des Corps transitoires

Revue Nunc, n.42, juin 2017

http://www.corlevour.com/fr/revue/nunc-n%C2%B042

J’attends de voir

si la nuit sera poreuse.

Pour percer le secret, je danse sur le revers de la croûte terrestre, je sens la cohérence de l’ensemble aléatoire, j’émerge telle un pantin noueux du tissu brumeux de la naissance. J’ai vu tout ce qu’embrassait mon regard poussé depuis le genou légèrement plié, là où l’impulsion bondit en moi.

Je suis celle que l’on sait, connue des miens et seule parmi les autres. Je suis celle qui s’ignore et cherche encore la lune, qui perd de vue la lune chaque soir que la nuit porte, que la lune débusquée abandonne d’un froufrou de robe montgolfière, renvoie aux astres fuyants, rejette à la peau grumeleuse du sol commun aux hommes, aux animaux, ballotte jusqu’à la nausée d’ombre en lumière, de fracas en recueillement subtil. Je suis ce nouveau-né de l’ancien temps qui transperce, en position fœtale, la paroi végétale pour faire son entrée dans l’univers sonore et désaxé. Je suis l’enfant de la soif, de la faim, qui ose s’avancer sur des terres douteuses, habitées par des formes hybrides, l’enfant dérouté par l’étonnant frottement des langues entre elles, lorsqu’elles se superposent en brouhaha brutal, lorsque sans rien nous dire elles accaparent l’espace du ciel ouvert, elles privent la lune de son masque, elles dénudent le relief entrelacé, contraignant les yeux purs encore à brûler sur le vif, l’enfant dont les poumons privés d’air emportent dans la chute les bras, le buste et puis les jambes, en un roulé-boulé définitif plus triste que la fin.

Gmthr

(…)

sans cesse les mêmes gestes. Passé à nettoyer. Même l’école que j’aimais tant, où je me goinfrais de ces champs s’étirant désormais, champs des histoires frémissantes, des explications, savoir des choses, toujours davantage, l’une entraînant la nouvelle, les questions, les réponses toutes neuves ; même l’école je dus l’abandonner, à peine après ma courte visite, furtive, de voleuse. Il fallait retourner aux saletés, besoin de mains et de ma force. Faire face à la fatigue continuelle. Mon père mort cet hiver, nous laissant absourdis.
Il fallait réorganiser la garde, la lutte contre le froid et la course du petit matin.
Il n’y avait pas d’égard pour l’enfance –presque pas-. Le respect mais on n’avait pas à se plaindre, il ne fallait pas.

(…)

(très ancien) machine

Machine Ame

I.
Intérieur Jour

J’ai tant cherché, torturé, découpé. J’ai tant quêté, renvoyé, rejeté. Déçu et même triste.
J’ai tant attendu de savoir pour me permettre de dire, tardé chaque jour à penser que je ne pourrais trancher. Douté des mots qui l’énoncent et du contenu qu’elle livre.
Senti qu’on m’atteignait depuis le moulin, là-bas, loin vers la cime, jusqu’au sable plat et doux de l’océan qui côtoie la tempête, que tout arrive en flots à qui se tient aux aguets, tellement tout que, submergé, je crois n’avoir reçu que riens.
Tant essayé de retenir, au creux du dos, des mains, persuadé que nul n’attrape ni ne garde que ce qu’il arrache à l’écorce rêche du monde, oubliant d’ouvrir les écoutilles et les écailles.
Tant cerclé au-dedans tourné et refermé, comme en apnée.
A la campagne et à la ville, où le monde bruit.
Que je jette l’éponge.

***

II.
Intérieur Nuit.
Tant que la nuit noire absorbe et filtre les fumées poisseuses du temps d’avant, je dors. M’empêche de sombrer, me noyer dans la mare épaisse gluante de trop d’idées mêlées.
Elle absorbe et me vide progressivement, je me confonds et passe le témoin, donne le ton de mes pensées de veille à l’antre de sa mémoire rouge. Dors doucement.
Puis tout à coup se corse, le flux déroute, le ton s’emmêle, je lutte pour maintenir le ratio, donner le change, assurer le relais. Livrer en vrac mais encodée, hiérarchisée sans même mon consentement, la récolte des sens qui laissait âme et corps pleins, acculés, sans respirer.
L’orage. Disons l’éclair qui surgit de sous la nuit et m’empoche, me surprend brutalement. Plein noir et je n’ai plus de repos, plus de rythme, je cherche le secours, la bouée, le détartrage de mes pensées sombres accumulées avant de faire tempête au seuil du cerveau. Je regrette la vigilance, déplore d’avoir cédé à l’état léthargique qui me prive de barrage, d’endiguement. Ne dors plus, je me tords. Retourne et m’asphyxie. Je pense encore je remâche me débats.
Il suffirait d’un air venu d’ailleurs pour faire dérailler à rebours la mécanique toute neuve qui vient de s’enclencher, car du dedans de moi-même plus rien ne surgira d’hétérogène à cette mélasse sombre, qui s’empèse toujours plus.
Rien ni même la loi du monde qui doit s’interposer. Protège l’espèce, chasse les nuées. Qu’on me laisse dormir, d’où viennent ces idées sans valeur. N’ont d’essence que par leur gravité, pesanteur en leur sédentaire refuge, ma nuit, ma tête.

Et je peux dormir ?

***

Machinalement machine âme.
Coupe crame crie, entame, empêche. Renvoi. Gueule poumons explosent, rejet. La bête enraille son geste déterminé d’âme noire. Un grain de sable vient d’empoisser le mécanisme rompu à l’exercice habituel du renvoi. Repousse au loin l’entrée de l’air, l’attaque de l’eau, le monde qui s’introduit sous forme d’éléments insoupçonnables. Ces éléments ont l’intention d’entrer, sans doute, de s’installer même, afin de réguler le flux et le reflux du temps intime, du continuum intérieur. Réguler, apaiser ? Plutôt la mort, cela coûterait trop de laisser-aller. Si l’on déleste, c’est-à-dire si tout à coup l’on se prend le pied au train de la régulation et même pire, de l’auto régulation, que pourra donc devenir cette vigilance souveraine, cette maîtrise du monde et de soi-même, ce guet extrême enfin qui vient à bout de toute tentative issue de l’extérieur? Ce contrôle et cette tenue élémentaires ?

balthazar au violon (extrait de scenario)

Dans un car tout juste arrivé d’un long voyage depuis la Roumanie, des musiciens sont assis, un peu hagards, disposés à accomplir la fin de leur dernière tournée en Europe. La troupe semble se réveiller d’une longue torpeur, durant ces milliers de kilomètres, et s’étirer peu à peu pour affronter l’arrivée et le concert du lendemain.
A l’avant du car, contre le chauffeur, le guide annonce l’arrivée dans la capitale, et commence à montrer du doigt, de loin, la Basilique.
Quelques musiciens discutent, demandent à leur voisin s’il reconnaît ce monument.-Oui dit celui qui est tout petit, je l’ai déjà vue la Basilique, lors d’une tournée, il y a longtemps. Elle n’est pas belle mais elle domine Bruxelles.

A l’arrière du car, un jeune homme et une jeune femme sont retournés sur le fauteuil de derrière et discutent avec le grand brun installé au fond.
Lui, explique avec véhémence aux deux autres que son avenir ici, à Bruxelles, est limpide

(…)

Tangier

Je me suis posée sur le tarmac.

Je sens l’odeur intense et soufrée de l’Afrique, le vent froid balaie tout, les palmiers dansent.

Je suis à l’avant d’un bateau lancé dans la mer immense, doublée de l’océan, un bateau qui détient le sésame pour pénétrer dans les terres de sable rouge ; un bateau vigilant, campé sur le bord du bord du monde de l’autre côté de l’Europe, où scande le muezzin. Je suis campée à l’avant d’un navire campé, de fenêtres fouettées un jour de tempête qui n’en finira pas, de vents contraires enturbannés en une colonne d’air cinglant qui me hante, je scande à l’avant du bateau, scande l’appel aux prières, au réchauffement sous le vent froid, à l’entrée dans les eaux de haute mer avant l’océan, à l’union des terres décollées par les âges et reformées en moi pour ces jours, assemblées en une pièce matrice qui sous-tend les eaux et le ciel, je suis campée à l’avant d’un bateau qui voit tout et jamais ne prend l’eau, qui reçoit de plein fouet la brisure des mondes, la différenciation des êtres, qui tente de les intégrer à sa déroute privée de trajectoire, savamment gouvernée, à sa stabilité ondulante de sphinx et de mémoire. Je suis campée à l’avant d’un bateau qui toise les côtes d’Europe et attend, patiente, ploie, danse, qui reçoit les échos d’Europe et les écueils, qui absorbe depuis la nuit des temps les ondes du continent scindé, qui sait sa force propre, sa puissance de titan, sa danse apparente soigneusement ménagée dans les draps du hammam et des voiles, intégrée aux tissus et aux palmes fertiles. Je suis campée sans attendre sous la pression du vent, je me sais en sûreté, je me sais à mon poste, j’évite le cri des sirènes et je me tiens prête, enhardie par l’odeur de jasmin, d’oranger et de musc, par les trouées solaires régulières au-dessus de moi, par le charme corsé de la ville qui me porte, à mon poste, je me tiens.

Sorcière

Sorcière brûlée de l’intérieur chassée de la cité, femme, irradiante, connaisseuse, vive depuis nos entrailles, depuis la nuit des temps, depuis le rouge du cœur qui amorce la pompe à la vie même, qui porte en elle et au-delà d’elle, qui transmet le monde tissé aux veines et ose reconnaître chaque fois le vrai du faux, si elle voit, si elle sent, si elle peut. Femme qui donne l’enfant et lui donne le monde, qui perçoit l’onde de choc, le vacillement, qui saisit l’ampleur des événements, le sens du rire et du chaos qui doucement, tendre peut l’être et pourtant, tendre souvent mais parfois, elle sait la révolte des hommes elle sait, le ciel lourd sur le dos de l’enfant, elle sait l’orage qui gronde et se lève pour l’arrêter de sa main seule et plus frêle, toujours vivante, tiède, elle sait mais se tait, se meut sans scandale si elle peut, si elle sent, poussée par la rumeur d’être belle et pleine d’elle et du monde, d’être nouée de la vie même, si elle voit, elle sait, chassée par le pouvoir des autres, soupçonnée de pouvoir davantage qu’elle-même, de pouvoir le rebond du monde, de pouvoir le mouvement des astres, le guider, le trembler, de son doigt levé doucement vers le ciel. Lire la suite »