desindociles

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je n’entends plus le cliquetis, plus le crissement de machine, le porté des étoiles plus bas que de raison, je n’entends plus la rue qui me hèle, le vent feutre les pas, les gouttes ont bâti l’éternité, glacées, accumulées sur le sol, sur le toit, sur les rampes et les voitures ; mon paysage est blanc crépon, les plantes de nuit se muent en sapin.

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moi aussi je me suis demandé

il a fallu s’en remettre

bonant malant

aux astres

il y a le poids des ombres glissées là, tapies, il y a la valise des maux dedans

mon corps

qui craque

aux os, aux nerfs

au suc

il y a le double du rêve et la part

d’un ange

il y a

cette croix griffée

pour faire semblant

et dessous, tout au fond

sous le crêpe, sous la dentelle

velours

il y a

ma voix Lire la suite »

S’extraire

une lumière inouïe, a souvent parsemé la route de signes nets, bienveillants ; on ne sait par quelle grâce chaque fois, la lueur a enjoint de s’extraire, s’extraire au plus vite, sans retour possible, d’une mare devenue épaisse ; les ailes de libellule ne pouvaient plus rien, contre le courant, le bec d’oisillon avide, précis, s’émoussait au contact de la matière coulante, et la lumière venue du cœur, confirmée par les trouées des arbres, a donné le signal. Chaque fois, d’un coup net, il a fallu couper court, s’extirper aux mains tendues pour retenir la vie, détourner le regard et se jeter au jour cru.

je marche sur le sable des heures durant, j’arpente, à un rythme soutenu, je reçois le vent de face, je le cherche, je longe la mer, je m’y épuise, je vois le bleu et le gris qui me gainent, me redonnent le courage de m’épuiser plus loin, je n’ai pas d’autre but, je me grise, je m’anesthésie

je marche sur le sable des heures durant, j’arpente, à un rythme soutenu, je reçois le vent de face, je le cherche, je longe la mer, je m’y épuise, je vois le bleu et le gris qui me gainent, me redonnent le courage de m’épuiser plus loin, je n’ai pas d’autre but, je me grise, je m’anesthésie

je m’efforçais de prendre mon envol

j’ai voleté, hésité

me camper sur les terres meubles

ou prédire en surplomb

j’ai voleté

j’avais au bec leur éventail

le gant de soie

j’ai vu le désert au loin

les palmeraies obscurcies par les sables

 

si je n’ai pas d’espace, pas de style, pas d’atour

dépouillée de mes châles,

de mon voile

ma peau tendre

la chair me cuit

me tire

la veine

conduit au coeur sans détour

au coeur bouillonne

le temps de vivre

au coeur adoucit

le coup

le désir

l’attente

 

tend un filet pour moi toute

abandonnée aux cris des autres

déposée

sous la brume

légère

 

 

pourtant l’air tiède du matin

dessine sur ma paume

le détour palpitant

d’un conte russe

 

j’ai vu l’or brun du ciel, sans chercher

j’ai vu l’ombre portée par le masque

j’ai vu saturne au collier

j’ai vu les feuilles lassées

les ailes jetées

au sol

 

 

est-ce au coeur que le temps fuse, est-ce qu’il perce les valves, fige les alvéoles et les peaux superficielles, est-ce au corps, est-ce au-dehors? est-ce la nuit qu’il passe et s’effiloche aux traînes du levant, est-ce au réveil qu’on le tient et le perd de la main? est-ce en rêvant, est-ce en jouant, est-ce tapi dans le silence à ausculter les sons du soir?

Sur le chemin on pédale à tombeau ouvert, sous le vent, le gel nous surprend, la nuit opaque entre les vignes, après le port, derrière la ferme, on pédale. Rentrer des lueurs du port, de la vie des êtres émergée, silhouettes, cafés, manèges et voici l’intérieur de nous-mêmes, le feu crépite, le fond de l’air, le bruit de la lune et le silence du vent, voici le recueillement tendu, la force rassemblée pour rentrer au claquement sourd des arbres, des mâts, des nuages, des branchages, nous n’avons peur de rien, la carriole suit, le silence plein, il nous porte, il nous choie.

même si

même si mon corps tremble / même la nuit / même si c’est au bras surtout et près du coeur / et dans l’arrière des jambes / en haut / en bas / le creux du ventre se cabre / et même si la nuque chargée / d’apporter le secours / est raidie par le froid intérieur / j’ai vu sur la digue le violet du ciel jusqu’à l’eau irisée par le sel au grain de peau des roches noires / j’ai vu la lune si petite / me dire / qu’il n’est jamais trop tard / pour s’efforcer de porter au ventre, au ventre encore / sans le perdre / sans l’égarer / sans le geler / le frémissement constant de l’eau qui claque au bord de l’océan / le tact crépusculaire / la vibration timide du sel hissé dans l’air jusqu’ aux masses cotonneuses / jusqu’aux teintes mêlées de marine et doré / jusqu’au coeur / qui ne flanche pas  Lire la suite »

le bout de la langue

J’avais en feu de dire, la langue déposait au regard, pansait

 

 

faire la lumière sur le passé, pensait porter le son à l’horizon, pensait dérouler l’instant vers la durée fragile

qui court la rue des villes, qui court le chemin de terre, s’épanche sur l’eau,

 

porte la veine

le trèfle des jours bénis

timbre cristal

qui transmue la peine

qui dessine les courbes

serpente et s’arrondit

 

bulle d’air porte en elle le monument, les flocons de neige sur la

Tour

Eiffel

sur la Seine

bulle du bout de ma langue pour enrober les mots d’enfance

les mots du bout de ma langue

aiment

 

qui ne voulaient dire

qui n’avaient à dire

 

prend la peine en charge

se leste du chagrin

la brûlure passera peut-être

par la langue au bout du désir

carte tendre et tiède

 

/le chagrin d’être comme la joie intime d’être comme l’espoir que dure l’instant comme la peine de ne rien ancrer au corps de terre et de chair et de peau/

 

éther commun aux hommes

décompte de bribes

tombées d’en-haut,

le suc recueilli de la pointe

posée là

juste

 

la langue des autres au bout, rassemblée en point de mire.

 

(en exposition à Auvelais Livres, salon du livre 2017)

 

 

Il y a un soir, il y a un matin

http://www.cequireste.fr/y-a-soir-y-a-matin/